PARTIE I : LE KID

 

 

LE KID , Le portrait d'une enfance en détresse



 

 


       En octobre 1918, Chaplin, se marie avec Mildred Harris. Il s'agit, d'un mariage précipité qui donna naissance à un petit garçon mal formé qui ne survécu pas plus de trois jours. Chaplin vécu cette peine comme un profond traumatisme. Après la mort de son fils, son impasse créative sembla brusquement surmontée.  Un nouveau projet se mettait en place « The Waif » signifiant l'orphelin, premier nom du film, qui par la suite sera rebaptisé  « The Kid » racontant l'histoire de Charlot devenant père de substitution pour un enfant abandonné. Cependant Chaplin multiplia les auditions dans son studio pour rechercher la perle rare qui sera son acteur principal et incarnera l'orphelin, mais en vain.

 

          Chaplin désespéré, décide d'aller se divertir en assistant aux numéros donnés à l'Orpheum, grand théâtre chic de l’époque dont il fut quelque temps consacré au vaudeville tels que Chaplin mais encore les Marx Brothers, Rudy Valle et bien d’autres qui furent à l’affiche. Il y découvre un irrésistible, pétillant, et ravissant petit garçon âgé de 4 ans nommé Jackie Cogan. Tombé sous le charme, de ce petit garçon, Chaplin réalise qu'il vient de trouver son acteur principal pour le film « The Kid ». Jackie possédait un don d'imitateur inné, et reproduisait à la perfection les expressions de Chaplin. « Le Kid » est surement le film de Chaplin le plus personnel et le plus achevé.  Il est perçu, dans l'œuvre de Chaplin, comme le mariage le plus réussit entre la comédie et la grande émotion.

 Le  film « The Kid » a été réalisé pendant les années 20, en Amérique, pendant une période profondément marquée par la misère, et une industrialisation bénéfique seulement au monde bourgeois. Il s'agit de la période dis, des « années folles ». A travers ce film, on  voit régner la pauvreté et la misère dont sont victimes les classes sociales défavorisées. Par exemple, le quartier mis en scène est délabré, les maisons sont en piteuses état, les portes d'entrée de celles-ci tiennent à peine. Tout ceci montre ce manque cruel d'argent chez les prolétaires. Les adultes eux trouvaient  de petits métiers de rue pour parvenir à subvenir à leurs moindres besoins. Aussi, l'école est inaccessible pour les enfants vivants dans ces quartiers. Ils sont donc contraints de travailler dès leur plus jeune âge afin d'aider leurs familles.  Certaines personnes touchées par la pauvreté, sont poussées à abandonner leurs enfants car ils n'ont pas les moyens de les élever, les nourrir et les habiller. Il y a donc un grand nombre d'abandons d'enfants durant cette période historique.  Ces graves aspects de la vie à cette époque, seront ceux dénoncer par le cinéaste, qui à vécu ces évènements par lui-même.

 

 

        Le « Kid » voit le jour en 1921 dans un contexte de tourments affectifs dans la vie de Chaplin.En effet si Chaplin se bat autant dans ce film pour garder l'enfant c'est qu'il s'inspire sans aucun doute de ses souvenirs personnels et de sa propre douleur, quand à l'âge de sept ans il fut arraché à sa mère et placé dans une maison pour enfants déshérités. Il retranscrit une partie de sa vie à travers le personnage de John, pour dénoncer le placement des enfants à l'assistance publique. Le tournage du film fut interrompu pendant une période de neuf mois, l'inspiration de Chaplin n'étant pas au rendez-vous, ce qui endommagea le bon déroulement de la réalisation du film. Un nombre incalculable de scène étaient sans arrêt retravaillées à cause de l'insatisfaction perpétuelle de Chaplin. « The Kid » fait parti des premiers films de Charlie Chaplin, qui étaient des films muets, et qui furent à l'origine du grand succès que connue la carrière ce grand cinéaste anglais. Aussi, « The Kid » est malgré son absence de son, plus touchant et émouvant qu'un film parlant ou sonore. On retrouve une fois de plus le Charlie Chaplin subversif qui, par son cinéma, renverse l'ordre social.

 

 

Le film débute par une scène émouvante, où une femme sort d'un dispensaire, un nourrisson dans les bras. Celle-ci abandonne son enfant dans une voiture luxueuse, accompagné d'un mot demandant à la personne qui trouvera le bébé d e prendre soin du ce-dernier. Mais la voiture est volée par deux brigands qui déposent le bébé à côté des poubelles dans une petite ruelle. C'est là que Charlot, un mendiant le trouve. Après plusieurs tentatives infructueuses pour se débarrasser de cette nouvelle responsabilité non désirée, il l'emmène dans sa mansarde et se fabrique ingénieusement tout le matériel nécessaire pour pouponner. Cinq ans plus tard, l'orphelin est devenu un petit aide-ménager efficace et un collaborateur enthousiaste. Celui-ci sillonne les rues en cassant des fenêtres à coup de pierre, et Charlot, devenu  vitrier ambulant, le suit à la trace pour proposer ses services, et ainsi gagner de l'argent pour subvenir à ses besoins et à celui de John; il considère alors l’orphelin  qu'il a recueilli comme son propre fils et ne désire en aucun cas l’abandonner.  L'enfant tombe malade et Charlot révèle son histoire à un médecin, qui en réfère aux autorités sociales, qui décideront de venir chercher l'enfant. Mais Charlot résiste avec acharnement à leurs efforts, refusant le placement de l'enfant à l'assistance publique. Entre temps, la mère biologique du petit, est devenue une grande vedette de la scène. Celle-ci décide d'offrir une importante récompense à celui ou à celle qui lui  rendra son fils. Quand Charlot et l'enfant trouvent refuge dans un asile de nuit, le patron enlève l'enfant pour obtenir l'argent. De nouveau seul et sans ressource, Charlot s'endort sur les marches du perron et rêve d'un paradis où les gentils et les méchants de ce monde sont tous des anges portant des ailes. Le péché s'insinue sous la forme d'un ange féminin séducteur. Charlot est alors tué lors d'une bagarre, et John muni d'ailes pleure sur son corps en sang. Puis, Charlot est réveillé par un policier qui le conduit dans la somptueuse demeure où l'enfant vit désormais avec sa mère retrouvée.

   

          Le passage le plus captivant et émouvant de ce film est lorsque que l'assistance publique tent e de prendre à sa charge l'enfant, John. La détermination de Chaplin pour garder cet enfant est très prononcée. Il utilise son passé et son expérience personnelle, pour mettre en scène la souffrance que cela provoque chez l’enfant, ainsi que celle ressenti par celui qu'il l'élève. C’est alors une lutte acharnée, qui s’engage entre Charlot et l’assistance publique venue lui ôter l’enfant. Le combat que Charlot mène contre ceux qui veulent lui arracher ce petit bout d'homme atteint un niveau d'émotion  rarement égalé.

Ce passage mêle plusieurs registres, notamment le registre pathétique, qui fait appel aux sentiments du spectateur, le registre tragique qui traduit ce sentiment de souffrance et de déchirement moral de la part de Charlot ainsi que ce sentiment d’impuissance face à la catastrophe. De plus, cette volonté de se démener pour la sauvegarde de John est marquée par le registre polémique. Cet événement familial passe également par l’utilisation du registre réaliste puisqu’il  s’agit d’une interprétation de l’enfance de Chaplin.

 

 

         L'affiche du « Kid » est très représentative du film. En effet on distingue les deux personnages principaux : Charlot et John. Ils se tiennent  par la main comme s'ils avaient peur d'être séparés. De plus leur regard se retourne sur leur passage pour voir s'il n'y a pas de danger à l'horizon. Un regard méfiant qui traduit leur inquiétude. Leur visage est l'expression même de leur sentiment, un registre lyrique est alors mis en avant. Leur tenue vestimentaire est  typiquement l'interprétation de leur misère. De plus cette affiche a été réalisé avec des couleurs nobles comme le Noir et le Blanc, mais également d’autre couleur pâles pour atténuer ce que Chaplin dénonce. Le fond mais aussi la forme de l’affiche est très à l’image de ce qui est évoqué dans le film.  Cette affiche nous indique qu'il s'agit bien de Charles Chaplin qui a écrit et réalisé en personne ce film.

 

 

          En conclusion, ce film n'a presque plus rien à voir avec le burlesque, il s'agit d'une comédie sentimentale et, dans certaines séquences, comme celle de la séparation entre les deux personnages, d'un pur mélodrame. Ce film est un choc émotionnel auprès du public, qui passe très rapidement du rire aux larmes, et ce grâce  à l'utilisation de divers procédés, comme l'emploi des registres  pathétique et tragique, mais aussi du fantastique et du comique, par exemple lors du rêve de Charlot qui n'est en réalité qu'une métaphore des évènements du film.  « The Kid »  peut être aussi perçu  comme une façon d'exorciser sa souffrance, quand on sait que Chaplin a écrit le scénario alors qu'il venait de perdre son premier enfant. Un film riche en émotion qui dénonce un des graves problèmes de la société dans laquelle vivait Chaplin. Il a su mêler plusieurs registres et ainsi provoquer différentes réactions de la part du grand public qui n’en fît pas moins déçu. 

 

 

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